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Paul ARMAGNAC Pilote gascon 1924 - 1962 |
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Armagnac! Nom qui claque comme un drapeau au vent, Armagnac, nom de la terre qui vit naître d'Artagnan, Armagnac, nom de "l'aygue ardente" première eau-de-vie à avoir été distillée, Armagnac, nom porté par le valeureux comte qui soutint Jeanne d'Arc, Armagnac, patronyme de quelques Gascons, Armagnac, d'où viens-tu? Personne n'en a jamais découvert l'origine exacte. La thèse la plus plausible me paraît être celle de notre érudit documentaliste René Laffargue. Au temps de l'Empire romain, un certain nombre de mercenaires venant d'Allemagne avaient rallié Rome, et l'un d'eux, un certain "Hermann", avait romanisé son nom qui s'était transformé en "Arminius". Cet Arminius avait combattu dans notre région et y avait fait souche. Son patronyme s'était transformé au fil des ans en Arminiac puis Armagnac sans doute à la suite d'erreurs de transcription des teneurs de registres, courantes à l'époque. Peut-être est-il ainsi l'ancêtre de Bernard d'Armagnac, "Tumapaler". Aujourd'hui existe encore, à Nogaro, une famille Armagnac qui n'aura pas de descendant pour transmettre le nom. Les derniers hommes de la famille sont ou ont été mes amis. Jean, le fondateur de l'Aéro-Club de Nogaro en 1932, conseiller municipal en 1947 a aujourd'hui 99 ans et une santé à toute épreuve. Paul, son fils, s'est malheureusement tué en course en 1962. C'est de lui que je veux parler dans cette chronique. Paul Armagnac était dans sa jeunesse un beau garçon à la peau mate et bronzée, à la chevelure et la fine moustache noire. il était passionné de vitesse. Après avoir tâté de l'aviation, en 1950 il se lançait dans la compétition automobile au volant d'une Aronde. Devant ses résultats avec un matériel de série, car Paul n'avait rien d'un esprit mécanique, les frères Fourteau d'Eauze décidèrent de l'aider. Après la voiture de tourisme ils construisirent sa première barquette qui avait fière allure et avec elle il fit des prouesses aux 12 heures d'Hyères où René Bonnet le remarqua. Finis les petits rallyes, finis les engagements individuels. il était pilote d'usine. Il ne tarda pas à se faire remarquer, et sa première grande victoire, une victoire française aux 12 heures de Sebring aux Etats-Unis en 1953 eut un grand retentissement. Il en a toujours gardé un souvenir ému. Puis, en 1954, toujours au volant d'une D.B. il gagne le Tourist Trophy en Angleterre. Il renouvelle cette victoire en 1955 et 1956. 1956, année faste où avec son coéquipier devenu son ami, Gérard Laureau, il enlève les 24 heures du Mans et le Tour de France à l'indice. En 1959, il récidive à Sebring puis encore à deux reprises aux 24 heures du Mans. Entre-temps il tâtait de la monoplace sur les étranges voitures D.B. Monomils. En 1962, j'obtenais de Ken Tyrell qu'il lui confie une Cooper pour le circuit de Nogaro. Ce fut malheureusement sa dernière course. Il avait à cette époque trois enfants. Trois filles. Il aurait désiré un garçon et le 14 août sa femme accouchait d'une quatrième fille, Corinne, et y laissait la vie. Paul était anéanti. René Bonnet qui était devenu son ami essayait de lui remonter le moral et lui proposait de reprendre le volant pour oublier. Pour son malheur, il accepta et il participa aux essais des 1000 kilomètres de Paris, début octobre à Montlhéry. La voiture étant mal équilibrée, les mécaniciens la lestèrent d'un sac de sable qui était vraisemblablement mal arrimé. Dans la cuvette de Couard, la Ferrari de Rodriguez le double à grande vitesse en le déportant. il ne put rattraper ce déport et la voiture partie en tonneaux le laissa avec plusieurs fractures et une paralysie générale. Après une semaine de survie, il décédait. Son enterrement eut lieu à Nogaro devant de très nombreux pilotes et personnalités du monde automobile et de la région. Je n'ai jamais été un grand pilote malgré ma participation à de nombreux rallyes et une arrivée mouvementée au circuit d'Albi, mais j'aimais l'ambiance du sport automobile et j'ai rapidement sympathisé avec Paul Armagnac qui était un peu plus jeune que moi. Évidemment, nous parlions course automobile, nous parlions d'amis communs comme Henry Oreiller et Claude Storez décédés en course, de jo Schlesser, Maurice Trintignant, Claude Bourillot ou Amédée Gordini. Nous parlions de l'Association sportive automobile que je venais de créer et qui ne portait que le nom d'Armagnac et n'est devenue Armagnac-Bigorre qu'au début des années 60. Nous parlions aussi de l'écurie à laquelle il n'avait pas adhéré, car il était pilote d'usine. Il n'a jamais eu l'intention de briguer une place dans le bureau, car il n'aimait pas particulièrement les paperasses et avait vite abandonné sa charge d'huissier pour se consacrer à ses propriétés où il cultivait la vigne et le maïs. Lorsqu'il rentrait chez lui après son travail des champs, il s'arrêtait souvent à mon bureau et nous bavardions. Dès 1958 je lui faisais part de mon idée de circuit permanent qui était considérée comme une douce folie par la plupart des gens. Il approuvait cette idée, mais ne voyait pas comment et où il serait possible de la réaliser. Après avoir présenté sans succès plusieurs plans, je demandais à son père, président de l'Aéro-Club, de céder une partie du terrain d'aviation qui n'était pratiquement pas utilisée. Ce fut difficile et il fallut toute l'énergie et la ténacité de Paul pour vaincre la résistance de son père; mais surtout celle de celui qui devait lui succéder à la présidence, Marcel Lantin, pilote de ligne à l'U.T.A. Lorsque l'accord me fut donné, il fallait tirer parti de ce terrain exigu. C'est là que Paul me suggéra l'idée de prendre modèle sur le tracé du circuit de Sebring. Ce que je fis avec l'ingénieur des Ponts et Chaussées de l'époque, Jean Lousteau, et le circuit a pu naître. Il a été inauguré en septembre 1960. Paul Armagnac a certainement été le meilleur pilote gascon et s'il n'a pas eu de garçon pour lui succéder il a une charmante et jolie fille, Corinne, brune comme lui, à qui il a transmis le virus et qui depuis quelques années se glisse dans un baquet de monoplace et "féraille" dur avec les garçons, qui ne lui font pas de cadeaux, sur tous les circuits européens. Elle court actuellement sur formule Ford et arrive à se qualifier dans presque toutes les épreuves, où, sur 60 candidats, il n'y en a guère que la moitié qui prennent le départ. Elle termine même à des places d'honneur comme à Dijon récemment où elle a fini 8e. Elle est une des rares femmes à courir en monoplace avec une autre Française et une Italienne. Paul Armagnac a peut-être été l'élément involontaire qui a engendré le circuit de Nogaro et dont François Baju disait dans Sud-Ouest: "Le circuit de Nogaro ressemble à un hasard historique. Loin des fracas urbains, plus près des tracteurs, il ressemble à un rêve de milliardaire." (Extrait de "Gloires de Gascogne" de Robert CASTAGNON , éditions Loubatières), |